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Nous nous disons chrétien mais sommes peu nombreux à connaître l’histoire du christianisme. Avec la réligion évangélique, une branche du protestantisme de plus en plus pratiquée, l’accent est mis sur la lecture de la bible pour en comprendre l’esprit et sa profondeur. Ce qu’il faut savoir est qu’au commencement, les protestants, ça n’existe. Tout le monde est de l’église de rome (catholique si vous voulez) jusqu’à Martin Luther, un théologien catholique allemand qui vient contester certaines pratiques et créer le schisme qui donnera plus tard le protestantisme. A partir de là va commencer des différends (palabres) entre l’église de rome (catholique) et les protestants. Et le massacre de la Saint Barthélemy qui va commencer dans la nuit du 24 août 1572 est l’aboutissement ultime d’une bataille larvée entre catholiques et protestants français. C’est un moment de massacres institutionnalisés de protestants. Plus de 450 ans après, il est bien de comprendre ce qui constitue un moment de basculement. C’est une phase première pour nous plonger dans le cheminement du christianisme, un concept sur lequel s’est construit les occidentaux la civilisation occidentale. En étudiant son histoire, nous comprendrons tous alors comment marche le fonctionnement du monde.
Le moteur principal de la tuerie réside dans « une angoisse de type religieuse, eschatologique », selon Jérémie Foa, qui se situe sur ce point dans la lignée de Denis Crouzet dont les travaux ont renouvelé l’historiographie de l’événement. Longtemps, l’accent avait été mis sur les motivations politiques des guerres de Religion puis sur les motivations économiques. Aujourd’hui, nous mettons plus en valeur le moteur religieux, même si d’autres motivations de type économique ou politique ont pu jouer, indique Foa.Que faire pour être sauvé? Est-ce que tolérer la présence d’un hérétique à mes côtés va nuire à mon salut ? La violence, paradoxalement, est une solution pour se désangoisser : on se convainc qu’on est du côté de Dieu en guerroyant. D’ailleurs, les massacres sont souvent suivis de violences sur les cadavres : « on leur crève les yeux pour signifier qu’ils se sont voilés les yeux devant la vérité, on leur arrache la langue pour signifier qu’ils ont blasphémé.»
Un seuil a été atteint dans la violence
Faut-il enfin imaginer que tout un peuple catholique s’est rué sur ses voisins protestants ? Ou bien concevoir des actes de résistance, de sauvetage ou d’indignation parmi les catholiques ? Difficile à prouver, prévient Foa :« Je penche plutôt pour l’hypothèse d’une petite minorité de catholiques fanatisés. À Paris, probablement 20 ou 30 hommes.»
« La majorité des catholiques de Paris est restée passive, poursuit-il.Une partie s’est probablement réjouie du massacre. Une petite minorité a sauvé des protestants, comme l’attestent certains témoignages. Il y a aussi ceux qui ont été dégoûtés sans résister à proprement parler. Même pour des hommes du XVIe siècle, ces violences ont quelque chose d’extrême et de dégoûtant.»
De fait, ces journées sanglantes ont laissé une trace profonde dans les mémoires. Pourquoi cette place si particulière, alors que l’histoire de France ne manque pas de massacres en tous genres?« D’abord par l’énormité du nombre de morts, répond l’historien Jérémie Foa. Même si, à l’époque, il a peut-être été exagéré par les protestants et minoré par les catholiques, tous ont perçu qu’il y avait eu un seuil dans la violence.»
La fin des tueries de masse?
Point culminant de la violence, ce massacre est aussi le dernier des guerres de Religion en France. « Les catholiques radicaux se rendent compte que leur stratégie est un échec: ils ont mis toute leur énergie à massacrer et pourtant il y a encore beaucoup de protestants, détaille notre historien. “Nous avons mal compris le message que Dieu nous a adressé en nous envoyant les hérétiques, pensent-ils. Il nous faut d’abord commencer par nous purifier intérieurement.”»
« Ainsi, au lendemain de la Saint-Barthélemy la violence change de sens, ajoute Foa. Auparavant dirigée contre les autres, elle est désormais intériorisée: on se fait violence à soi-même par des privations de nourriture, de sexualité, des processions pieds nus, des flagellations, etc., pour devenir un meilleur chrétien.»
L’autre raison de la place si particulière de la Saint-Barthélemy dans l’inconscient collectif est due à l’importance politique prise ensuite par l’événement.
« Immédiatement, les polémistes protestants se sont saisis de cet événement pour dénoncer la monarchie, explique Jérémie Foa. Ils vont commencer à se demander: “Doit-on obéir à un roi tyrannique ?”, alors que jusqu’au XVIe siècle, l’obéissance au souverain est inconditionnelle, car il est de droit divin. Ces textes marquent un tournant dans l’histoire politique. On commence à penser à quelque chose comme un contrat qui existerait entre le peuple et le souverain.»
Dernier massacre d’ampleur des guerres de Religion, la Saint-Barthélemy ne signe pas pour autant la fin de la guerre civile, durant laquelle les protestants ont aussi commis leur part d’exaction, même si elles sont beaucoup moins nombreuses et nullement équivalentes. Il faudra attendre l’édit de Nantes en 1598 pour que la paix l’emporte de manière plus durable. « Ceux de la religion prétendue réformée », comme on les appelle, acquièrent alors des droits religieux, civils et politiques dans certaines parties du royaume.
Les protestants d’aujourd’hui face au massacre de la Saint-Barthélemy
Comment commémorer la Saint-Barthélemy ? C’est bien sous la forme d’une question que les protestants de France ont voulu aborder le 450e anniversaire de l’une des pires tueries de protestants de l’histoire de notre pays. « Nous voulons éviter la gloriole victimaire », confie Agnès Adeline-Schaeffer, pasteure de l’Oratoire du Louvre, temple de l’Église protestante unie de France situé tout proche du lieu des premiers carnages.
Dimanche 28 août 2022, Agnès Adeline-Schaeffer coprésidera un culte de commémoration des 450 ans de la Saint-Barthélemy. Une telle cérémonie avait lieu tous les ans. « Nous voulons appeler chaque croyant et chaque chrétien en particulier à la vigilance vis-à-vis des dénominations religieuses qui ne sont pas majoritaires, précise la pasteure. C’est un appel aux chrétiens à se découvrir frères et sœurs au nom de cette Parole qui unit, et non divise, si nous la travaillons ensemble. » Cette année, ce culte sera assorti de deux événements particuliers : la mise en place d’un stand de la librairie Jean-Calvin avec des ouvrages sur le massacre et une conférence du professeur à la Sorbonne Olivier Millet sur le monument dédié à Coligny, première victime de la nuit sanglante. Une imposante statue lui a été élevée, au XIXe siècle, au chevet du temple. « Il ne s’agit pas de commémorer le personnage, mais de se souvenir des massacres et des victimes »,précise la présidente du conseil presbytéral Aurore Saglio-Thébault, qui rappelle que l’Oratoire fut l’ancienne chapelle royale du Louvre (haut lieu du pouvoir), convertie par Napoléon en temple en 1811. Tout un symbole.
• À deux pas de là, un jardin mémoriel sera inauguré le 16 septembre 2022 par les autorités religieuses et municipales, à l’emplacement d’une plaque commémorative déjà existante.
• Autre commémoration : les 3 et 4 septembre, la traditionnelle organisée chaque année par les protestants dans les Cévennes, aura pour thème : « Commémorer la Saint-Barthélemy ?» et proposera notamment une réflexion historique sur le drame. Comme le rappelle la plaquette de présentation de cette édition 2022 :« Commémorer n’est pas célébrer, s’autocélébrer, mais travailler la mémoire et l’histoire.»